STOP ALCOOL

Alcool : comment ne pas se noyer à deux

Honte, mensonge, isolement, violence… Vivre avec une personne alcoolique est un drame quotidien. Il n’y a pas de solution miracle, mais beaucoup d’erreurs à ne pas commettre.

Je ne sais plus à quoi ressemblait Mathilde avant son naufrage. » Paul dresse un état des lieux. L’alcool a tout détruit. Un amour, une famille. Il cherche des explications. Les blessures de l’enfance ? « Des drames ordinaires, qui ne mènent pas tout le monde à l’alcool. Je pensais qu’ils avaient rendu Mathilde plus forte », confie-t-il. Elle était devenue cadre, avait cessé de travailler à la naissance de leur fille. Et tout s’est effondré. L’entreprise qui l’a vite remplacée, le décès de sa mère, les insomnies… Puis le bruit des bouteilles au milieu de la nuit. Le spectacle d’une Mathilde qui titube, pleure, bafouille… « Elle m’accusait d’être à l’origine de ses malheurs, raconte Paul. Du jour au lendemain, j’étais devenu son pire ennemi. »

Autre drame, entre Agnès et Jean. Lui, autrefois si tendre, devenu paresseux, menteur, violent à force de boire. Elle, engloutie dans l’horreur. « Je vivais pour lui, à sa place, raconte Agnès. Et je n’étais plus rien. Il était dépendant de l’alcool et j’étais dépendante de lui, persuadée que c’était à moi de le sortir de cet enfer. » Ils se sont noyés à deux. Agnès avait perdu ses repères. « Jean était capable du pire comme du meilleur. Je vivais avec Dr Jekyll et Mr. Hyde, je ne savais jamais lequel j’aurais en face de moi. »

Entre l’amour et la haine, les coups et les promesses jamais tenues, Agnès se souvient surtout de la honte. Honte de se promener avec Jean, dont le visage bouffi, l’haleine chargée et la démarche incertaine ne trompaient personne. Honte d’aller le ramasser au café. « Tous nos amis nous ont tourné le dos. On était tombés très bas. J’aurais pu le tuer de mes propres mains. »

Se protéger, pour soi comme pour lui

On estime à 5 millions le nombre de personnes ayant des difficultés liées à l’alcool. Et beaucoup d’entre nous en comptent une dans leur entourage, lequel se demande chaque jour : comment l’aider ? Une question qui demeure une énigme. On peut expliquer et comprendre, au cas par cas, le rôle que joue l’alcool dans le précaire équilibre de celui ou celle qui s’y adonne. Mais pour le sortir de cet enfer, il n’y a pas de recette miracle. Quelques clés pourront néanmoins vous aider à l’accompagner dans sa souffrance, puis dans sa guérison, tout en vous protégeant, ce qui est essentiel pour vous et pour lui.

Faites-vous d’abord aider vous-même

« La première chose à admettre, indique Marie-Claire Lejosne, psychanalyste (1), c’est que l’on ne peut pas aider une personne alcoolique à s’en sortir malgré elle. Tant qu’elle n’aura pas rencontré elle-même le besoin d’arrêter, tout ce que vous pourrez faire sera vain. » Car celui qui boit sait que l’alcool lui fait du mal. S’il continue, c’est en vertu d’une nécessité qui lui échappe, celle-là même qui l’a rendu dépendant. Lui ressasser qu’il doit s’en sortir, c’est augmenter la pression contre laquelle il se défend en buvant. Cela dit, « on peut se tenir prêt, en attendant le jour où l’alcoolique manifestera le désir d’être aidé », note Catherine Dussau, psychologue dans un CHAA (2). Par exemple en se renseignant sur les centres de soins qui existent et en tenant l’information à sa disposition. « Attention, cela ne veut surtout pas dire prendre rendez-vous à sa place. Il faut pouvoir aider le malade à devenir l’acteur de son rétablissement. »

Aider, c’est aussi accompagner les étapes de sa thérapie, supporter les retours en arrière sans paniquer. « Les rechutes peuvent faire partie du parcours, rappelle Catherine Dussau. On ne se sort pas du jour au lendemain de plusieurs années de souffrance. Arrêter de boire, c’est renoncer à ce qui vous tient encore et malgré tout en équilibre. » C’est pourquoi « la deuxième chose à admettre, insiste Marie-Claire Lejosne, c’est qu’il faut se faire aider soi-même. Car on devient malade à son tour : on développe une peur excessive de voir l’autre boire ». S’ajoutent à cela toutes sortes de maux sans cause apparente – mal de dos, migraines, insomnies… –, liés au chagrin et à l’angoisse. Parler alors de ce qui nous échappe dans la relation à l’autre soulage et permet de prendre du recul pour ne plus se laisser entraîner vers le bas.

N’essayez pas de lui faire avouer qu’il est alcoolique

La difficulté majeure à laquelle se heurte l’entourage, c’est la communication. En effet, il y a toujours un décalage entre ce que chacun dit et ce que l’autre comprend. Mettre à plat, avec l’aide d’un psychologue, ses représentations, ses craintes, ses espoirs, permet de lever certains malentendus : car, si la communication échoue, c’est souvent parce que le point de vue du conjoint et celui du malade sont incompatibles. « Quand on ne reconnaît plus celui ou celle qu’on aime parce que l’alcool l’a rendu étranger, explique Marie-Claire Lejosne, on se défend de son désarroi en se raccrochant à des explications faciles (l’alcoolique est un être faible, sans volonté…) ou des solutions naïves (cacher les bouteilles…). » Car on se sent moins démuni avec de fausses certitudes qu’avec de vraies énigmes. Or, chaque cas d’alcoolisme est un cas particulier. Donc, tenter d’imposer des explications ou des recettes toutes faites, c’est rendre l’affrontement inéluctable.

Un exemple : l’entourage croit souvent devoir faire avouer au malade qu’il est alcoolique, ce à quoi ce dernier résiste farouchement. L’idée communément admise étant que l’alcoolique doit prendre conscience de ses troubles ou, pire, cesser de se mentir à lui-même et aux autres. « Ce qui passe pour de la mauvaise foi est de la légitime défense ! s’insurge Marie-Claire Lejosne. La personne qui souffre d’alcoolisme ne veut pas que son nom propre soit dissimulé derrière des mots sales ! » Autrement dit, elle se bat pour que sa personne ne soit pas occultée par l’étiquette « alcoolique ». Lorsqu’elle dit ne pas avoir de problème d’alcool, alors même qu’elle sent l’alcool, ce n’est pas forcément du déni ou du mensonge. C’est plutôt une façon de dire : « J’ai un problème, qui n’appartient qu’à moi. Et ce problème, ce n’est pas l’alcool. »

Comprenez votre propre rôle

Le deuxième point à examiner, c’est la façon dont on s’inscrit dans la relation avec le malade. « Le recours à l’alcool a du sens par rapport à une histoire particulière, mais aussi par rapport à un contexte », continue Catherine Dussau. L’entourage fait partie de la maladie : il retentit sur elle, et réciproquement. C’est pourquoi il importe de repérer sans culpabilité sa propre implication dans le système. « Alors que je croyais l’aider, j’ai compris que mon attitude pouvait enfoncer Mathilde, explique Paul. Par exemple, pour lui éviter tout souci, j’avais pris en charge les courses, j’allais chercher les enfants à l’école. Du coup, elle s’est sentie dévalorisée et a bu de plus belle… »

Les choses peuvent être plus compliquées encore : « Une situation dramatique peut comporter des bénéfices secondaires pour ceux qui la subissent », explique Sylvie Angel (3). En effet, même si, consciemment, l’entourage dit en avoir assez, quelque chose dans la situation peut, de façon moins consciente, lui convenir : occuper le statut de victime, jouer les gardes-malades… « J’ai découvert en thérapie qu’il y avait quelque chose de gratifiant pour moi dans l’aliénation qui nous unissait, rapporte Agnès. J’étais tout pour Jean. S’il s’en sortait, je perdais ma raison d’être. »

Allez vers la vie pour lui donner envie de vous suivre

« On doit rétablir de l’autonomie là où l’alcool crée de la dépendance, explique Marie-Claire Lejosne. Il faut vous extraire du problème de l’alcool et aller vers la vie, pour donner à votre proche l’envie de vous y rejoindre. » Allez au cinéma, voyez des amis, voyagez… et racontez-lui. Ne ramenez plus toutes les conversations à l’alcool. « Dites “je”, car le “tu” tue, reprend l’analyste. Retrouvez votre place : parlez de votre impuissance, de votre colère, de vos espoirs. Ce sont les seules vérités dont vous disposez. » Ces vérités pourront être admises par votre interlocuteur, qui n’aura plus à se défendre des discours que l’on tient sur lui. Mais il n’est pas facile de cesser soi-même de jouer le jeu de l’alcoolique : « Laisser Mathilde se débrouiller seule, c’était pour moi de la non-assistance à personne en danger, se souvient Paul. Mais si je n’avais pas arrêté le jeu du “tu bois/je te sauve”, elle ne se serait pas donné les moyens de se sauver par elle-même. » Pas facile non plus d’accepter qu’il ou elle se remette debout tout seul. Agnès confesse : « Jean s’est mis à fréquenter un groupe d’anciens buveurs. C’était son jardin secret. J’ai assez mal supporté qu’il ne me doive plus rien. »

Préparez-vous à l’accepter sans alcool

Le sevrage ne représente pas la fin des difficultés. « Arrêter l’alcool crée une rupture d’équilibre. Chacun a été amené à prendre en charge des tâches que le malade alcoolique n’était plus capable d’assumer. Il est parfois difficile pour l’entourage de le rétablir dans ses fonctions de collègue, de conjoint ou de parent », explique Catherine Dussau. Car la confiance a été malmenée. Paul se rappelle avec effroi le soir où il a trouvé sa fillette sanglotant près de sa mère inanimée. « Valérie était toute petite, et sa mère était ivre morte ! J’ai eu du mal à la laisser s’occuper de Valérie à nouveau. » Les ruptures conjugales ou professionnelles sont parfois pour l’abstinent(e) la seule façon de reconquérir une place et une dignité que son entourage ne veut plus lui reconnaître. Là encore, le meilleur moyen de l’aider à organiser sa nouvelle vie, c’est de se préparer soi-même à l’accepter sans alcool. Quand bien même on a longtemps attendu ce moment, on peut ne pas être prêt à retrouver la personne qui se cachait derrière les bouteilles.

Alcoolique : qu’est-ce que c’est ?

Beaucoup de gens boivent trop sans pour autant être alcooliques. L’alcoolisme ne se définit pas par la quantité d’alcool absorbée, mais par la qualité du lien qui unit le sujet au produit : un lien de dépendance. « La dépendance, écrit Albert Memmi (1), est une relation contraignante, plus ou moins acceptée, avec un être, un objet, un groupe ou une institution réels ou idéels, et qui relève de la satisfaction d’un besoin ou d’un désir. »
Ce qui est en cause est donc moins la substance, même si certains produits provoquent une accoutumance physiologique, que le lien psychologique qui assujettit le sujet dépendant à des objets qui le détruisent (l’alcool, les drogues, mais aussi le jeu, le travail, une personne…). Qu’il ou elle boive de façon chronique ou cyclique, l’alcoolique ne peut pas arrêter, l’alcool étant devenu un auxiliaire de vie indispensable (assuétude). Il est assailli par le désir de boire (obsession), a perdu la capacité de résister à la boisson (impulsion) et doit augmenter les doses pour obtenir un même effet (tolérance).

Thérapie : à chacun la sienne

L’offre de soins est variée. C’est au médecin alcoologue de faire le point des difficultés à traiter et de poser les indications thérapeutiques adaptées à chaque patient. Le suivi se fera en fonction de la gravité des atteintes physiologiques et psychologiques. On pourra envisager…

Une cure de sevrage, c’est-à-dire l’arrêt de toute ingestion d’alcool. Elle peut être effectuée à domicile (60 % des cas) ou à l’hôpital. Le sevrage peut ne pas être un préalable dans la prise en charge : il faudra parfois plusieurs semaines d’accompagnement psychologique avant que le malade ne s’y sente prêt.

Une psychothérapie : il s’agit d’aider le malade à comprendre le rôle de l’alcool dans sa problématique et de le soutenir pour lui permettre de se reconstruire une image valorisante.

Une thérapie de couple ou une thérapie familiale : elles permettent de démêler les interactions qui encouragent l’alcoolique à boire ou contrarient son sevrage.

Une thérapie de groupe, qui aide le patient, durant le sevrage, à comprendre ses propres difficultés à travers le témoignage des autres participants.

Ce travail pourra, après le sevrage, être relayé par la fréquentation de groupes d’anciens buveurs. La solidarité des participants, l’échange des expériences apportent à l’abstinent un soutien important.

Séances en cabinet

Séances à distance

Ateliers en cabinet

Ateliers à distance

Serge TANGUY à Brest

Serge Tanguy

280 Rue Ernest Hemingway
3ème étage
29200 Brest
Immeuble Kermeur

Dernier témoignage

"Je recommande vivement Mr Tanguy"

Par Laurence
 

Je suis venue voir Serge Tanguy au départ pour arrêter de fumer, à peine rentrée dans son cabinet il a ressenti ma détresse et mon problème de santé. Je suis Fibromyalgique depuis plus de 8ans. Des douleurs dans tout le corps, aucune vie sociale car la douleur était telle que je ne sortais plus de chez moi.... Serge a su m écouter, m aider, me donner les conseils que j avais besoin pour m accepter et évoluer dans ma vie. Aujourd'hui je ne souffre plus, il a réussi à enlever toutes mes douleurs, mon mal être. Je recommence à vivre et tout ça grâce à lui. Merci encore pour tout ce que vous m avez apporté.

Réalisation & référencement Site clés en main

Connexion

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'installation et l'utilisation de cookies sur votre poste, notamment à des fins d'analyse d'audience, dans le respect de notre politique de protection de votre vie privée.